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école à 3 ans

Scolarité des tout-petits, une bonne nouvelle ? Seulement à condition d’y mettre les moyens et de revoir la loi Debré !

Aujourd’hui, Emmanuel Macron s’est livré à un exercice de service après-vente de sa première année de présidence, pour lequel la forme primait manifestement sur le fond. Le choix d’une école maternelle et primaire, au-delà du ton professoral adopté, visait sans doute à insister sur une supposée préoccupation pour les services publics, et particulièrement pour celui de l’école publique.

Or, quelques jours après l’exaltation du catholicisme à laquelle Emmanuel Macron s’est livré devant les évêques de France au collège des Bernardins, il convient de se pencher avec attention sur une de ses récentes annonces – l’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans – et de la considérer pour ce qu’elle est : un cadeau en or à l’enseignement privé ! Bien loin de l’attachement de façade à l’Ecole de la République auquel voudrait nous faire croire la mise en scène présidentielle…

La scolarisation des tout-petits a des effets positifs avérés, dans l’apprentissage des compétences et de la socialisation. C’est d’ailleurs pour cela, que les enfants sont accueillis dans l’école de la République dès deux ans dans les quartiers sensibles. Mais cela doit se faire à certaines conditions, en premier lieu la révision de la loi Debré qui fixe le cadre de l’école privée, pour ne pas que les écoles maternelles religieuses soient financées par nos impôts.

Même si l’actuel taux de scolarisation à 3 ans est élevé (97% ), ce chiffre dissimule de fortes disparités, notamment territoriales. Alors rendre l’école obligatoire dès 3 ans, comme annoncé par E. Macron en ouverture des Assises de la maternelle, peut être une bonne chose mais à certaines conditions et elles ne sont pas réunies dans le projet du gouvernement. La première des questions est la mobilisation des moyens nécessaires. En effet, comme le montre une très récente étude de France Stratégie, l’école maternelle à la française est sous-dotée, elle connaît des taux d’encadrement qui ne lui permettent pas de jouer son rôle, la plaçant très bas dans les classements internationaux. Cela est d’autant plus préoccupant qu’elle a longtemps constitué un modèle.

Or, loin d’y consacrer les moyens nécessaires, le dernier budget national ne prévoit pas de recrutements supplémentaires cette année ! Clairement, le dédoublement des CP dans les écoles « politique de la ville » s’est fait par la suppression de postes dans les autres zones, notamment dans les territoires ruraux.

Alors, quel est le sens de cet abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire, qui ne concerne que moins de 3% des élèves et qui restera inefficace à résoudre les inégalités en l’état des moyens actuels ? C’est là qu’émerge la question des arrière-pensées du gouvernement. Dans l’état actuel du droit, ce passage à 3 ans va conduire à une nouvelle extension du financement des écoles privées religieuses ! En effet, la loi Debré de 1959 prévoit la prise en charge obligatoire des frais de scolarité des élèves par la commune pour les écoles publiques comme pour les écoles privées. Si l’instruction devient obligatoire dès 3 ans, les communes vont devoir verser des sommes colossales aux maternelles privées, très majoritairement religieuses, pour les 300 000 élèves qui y sont scolarisés. Alors que le ministre de l’Education écarte toute révision du financement du privé, l’objectif du gouvernement se dessine clairement : encore plus d’argent pour l’enseignement privé, alors que dans une République laïque, l’argent public devrait aller à l’école publique !

Avant toute décision, commençons par revoir la loi Debré !

 

Isabelle Amaglio-Térisse, déléguée générale chargée du programme

Virginie Roziere, députée européenne et co-présidente des Radicaux de Gauche
Stéphane Saint-André, ancien député-maire de Béthune et co-président des Radicaux de Gauche

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